Cette bafouille a été écrite en l’an de grâce 2020,
au jour des 181 826 contaminé·es et 28 215 décédé·es 1
Macron, Philippe leurs sbires et leur système sont toujours là



Je m’aventure une fois de plus en terrain délicat pour ma petite personne. Celui d’un article de la revue « Les mots sont importants ». Revue dont j’apprécie grandement les travaux et dont la lecture est toujours un grand plaisir pour moi.
Orientée clairement à gauche, elle accueille aussi bien des analyses théoriques que des écrits journalistiques. (Dont, pour la théorie, ceux de Sylvie Tissot ou ceux, pour le journalisme, de Sébastien Fontenelle. Personnes dont les travaux sont toujours intéressants. Merci à vous au passage.)
Pour compléter et clore cette très rapide description, ce site est très engagée pro féminisme et anti racisme. Orientations qui ont ma sympathie la plus déterminée.
Pierre Tévanian 2 et Sylvie Tissot 3 sont les fondateur·es de ce site.

Pour moi Pierre Tévanian est un intellectuel important. Je l’ai découvert par ses travaux sur le port du voile et sa démarche à l’époque novatrice (c’est dire l’état des lieux à l’époque, qui a heureusement évolué et cela grâce à lui) d’aller interroger les femmes qui le portaient et de publier leurs mots. Rien que pour cette démarche, ce travail à toute ma gratitude.

L’article « Ni droite ni gauche, français ! » fait suite, si l’on s’en tient au chapeau, à une (énième) tribune colorée d’André Comte-Sponville (ACS) que Tévanian présente ainsi : « une consternante tribune pleine de vide sidéral, de boursouflure et de virilisme sentencieux (« Il suffit de vivre. L’incertitude, depuis toujours, est notre destin »), pleine aussi de sophismes et d’alternatives fallacieuses (« J’aime mieux attraper le Covid-19 dans un pays libre qu’y échapper dans un Etat totalitaire »). »

Mon premier problème, de forme, peut-être mais quand même. Où est le lien de l’article mis en cause ? Il me semble en effet absolument nécessaire de donner le lien de la source, quitte à le faire avec ce petit plaisir de « gourmet » utilisant la technique de la note de bas de page sans même reprendre ni le nom du torchon ni le titre de la « consternante tribune 4 ». (Ici il faut aller dans un autre papier de LMSI, regarder plusieurs lien pour trouver le Graal. C’est trop. Vraiment trop !)
Cela ne mange pas de pain et invite le lectorat, s’il a du temps, à le consacrer à aller voir in situ la chose. Etant prévenu par l’ensemble de signes décrits plus haut, il met un masque (s’il en a), du déodo (à la même condition) et les relents nauséabonds seront supportés le temps qu’il faut. Peut-être. (Sachant que le titre de la tribune est à lui seul une monstruosité atteignant un niveau de bêtise aussi remarquable que détestable !)

Par ailleurs j’avoue m’interroger sur l’intérêt qu’il y a à LMSI de consacrer autant de temps sur cet imbécile. Bruyant, encore que, mais surtout qui n’attire et n’intéresse que ses pareils, qui ne sont représentatifs que d’eux-mêmes, donc de très peu de monde en réalité. Et des médias du capital que le terme mainstream medias recouvre.
Sachant que la tribune en question, comme d’autres interventions papiers du monsieur susmentionné est dans des canards de propagandes patronales à usage du… patronat. Ce qui me laisse comme une lueur d’espoir, ou au moins de satisfaction : si le patronat recourt à ce moyen (propagande grossière en cercle fermé) n’était-ce pas un aveu ? Celui 1/de la médiocrité de leur état « réflexif » et 2/de la nécessité de faire dans la méthode Coué battant tous les records de point Godwin.

Le sujet du texte

L’objet principal du texte de Pierre Tévanian est un rappel des orientations idéologiques de ACS à partir de positions qu’il a donné dans un bouquin coécrit avec une autre « éminence grise » de la pensée production française 5.
Travail aussi méritoire qu’illustratif. Qui recense les formes rhétoriques classiques de l’écriture réactionnaire (le célèbre « ni,ni » entre autres, repris dans le titre de l’article de Tévanian), des exemples par le « verbe » de ce que cela peut donner.
Exemples assez longs et effectivement des plus explicites. Montrant au passage combien réaction et fascisme ont une proximité de forme et de fond qui si elles peuvent prêter à sourire (il faut toujours se méfier de cette première impression) en période « calme » finissent par foutre sérieusement les jetons en des temps comme ceux que nous vivons. Où des sous produits politiques véreux sont aux commandes après y avoir accéder avec l’aide d’une coloration politique qui aurait dû, au moins, nous en protéger…

La finalité du texte de Pierre Tévanian est de montrer combien les écrits d’ACS, qui s’ils sont le produit de « sa » « pensée » (ne lui en demandons pas trop non plus) peuvent aisément être catalogués de nationaliste et raciste.
Alors même que cet imposteur (ou ce lâche, ou les deux, c’est au choix) prétend avec verve s’opposer à ces orientations politiques.
C’en serait drôle, tellement l’expression est grotesque, mais malheureusement nous en sommes arrivés à un point où le réveil au bruit de bottes, l’hymne nationale et la levée des couleurs au petit matin pourraient devenir une activité règlementée.
De ce point de vue le travail de Pierre Tévanian est salutaire. Et je l’en remercie. S’imposer les déjections écrites des deux malotrus pour nous en donner des exemples du contenu aussi nauséabond que détestable méritent attention et reconnaissance (pour les médailles je m’abstiens 😉 ). Positions idéologiques qu’il faut dénoncer et combattre. Oui. J’en suis.

C’est hélas sur le terrain idéologique (plus exactement de l’argumentation idéologique) que mes réticences concernant « Ni droite ni gauche, français ! » sont les plus grandes.
Je trouve, en effet que, autant sur la démonstration par l’exemple, Tévanian est très efficace, autant sur le plan de la confrontation idéologique il adopte une position que je crois au moins maladroite et insatisfaisante. Et je crains même, extrêmement dangereuse.

Le texte du sujet

Le sujet de ma préoccupation est situé dans le passage «  Ces auteurs ont même toujours écrit… au détriment d’un autre (les étrangers). » 6

Mon problème porte spécifiquement sur la forme argumentaire qu’utilise Pierre Tévanian dans sa « démonstration ». Forme qui, de fait, va lourdement miner, pour ne pas dire plomber, le fond de celle-ci et donc, selon moi, l’altérer complètement.

Ainsi pour répondre à une remarque d’ACS sur Rousseau, Spinoza et Hobbes, utilisés pour appuyer son argumentaire sur la « préférence nationale », Tévanian va utiliser un « contre-argument » qui me semble aussi hasardeux que faux.
(Avant d’aller plus loin, je trouve que la démarche d’ACS d’utiliser ces noms-là pour les associer à l’idée très contemporaine par rapport à eux de « préférence nationale » est un tour de force qui indique tout de suite que la profondeur de ce qu’il raconte relève de la blague.)
Que répond Pierre Tévanian. Dans un premier temps que ces auteurs, fondateurs (entre autres et parmi d’autres aurait-il pu ajouter) de la théorie du droit ne peuvent être soupçonnés de telles orientations. J’avoue que ce choix argumentatif ne me semble pas le meilleur mais bon.

La catastrophe arrive ici : « On se demande comment celui qui fut docteur en philosophie, professeur agrégé puis maître de conférence en histoire de la philosophie à l’Université de Paris Sorbonne, peut se livrer à un aussi grossier révisionnisme et faire de Rousseau, et pire encore de Spinoza, enfant d’immigrés juifs portugais réfugiés en Hollande, des précurseurs du nationalisme et du populisme le plus étroit et le plus excluant. »
(C’est moi qui souligne).
A ce que « on » se demande je répondrai ceci : les diplômes, comme les épreuves et grades de reconnaissances académiques, mon cher Monsieur Tévanian, ne sont pas, n’ont jamais été et ne seront jamais des garanties contre la médiocrité, voire la pauvreté totale, intellectuelle. Ni contre la malhonnêteté, la mauvaise foi minable et l’exploitation scandaleuse du travail d’autrui. Pas plus que contre le racisme et le sexisme.
Que votre complexion, votre habitus et votre illusio (que je peux comprendre (je crois)), vous amène par affect (positif) à le penser (très bien tant que cela reste dans la sphère privée), peut-être, mais la réalité est tout autre.
Pour avancer un peu loin, ce qui me coûte (car j’apprécie sincèrement votre travail Monsieur Tévanian), je vois dans votre posture l’illustration de quelque chose qui est souvent reproché à l’académie (au sens général comprenant le corps enseignant dans sa très grande acception) à savoir une forme particulière de mépris. Ce que Pierre Bourdieu appelait « le racisme de l’intelligence »…

Qui dérape pour la partie que j’ai soulignée (au sujet de Rousseau et Spinoza). Cet argument est tout à fait réfutable par contre exemple de personnes naturalisées qui vont avoir une attitude raciste, y compris contre leur propre origine nationale. Cela peut étonner, certes, mais ça arrive.
Argument qui plus est, empêche de poser le problème du nationalisme, du racisme clairement, froidement, rigoureusement. Sa production, sa reproduction, sa diffusion, ses formes, son histoire etc.
Questionnements qui me semble-t-il sont un des fondements du travail de Pierre Tévanian depuis des années. Et je dois bien reconnaître que quand j’ai lu cette phrase je n’en croyais pas mes yeux.

Sachant qu’en plus, je crains qu’en adoptant cette orientation argumentaire, Pierre Tévanian ne risque de valider un anachronisme (j’allais écrire douteux, mais voilà justement l’exemple d’une formulation totalement inappropriée) qui en lui-même suffit à réfuter l’assertion d’ACS.
En ce qui concerne Spinoza, qui est l’auteur que je « connais » le moins mal des trois mentionnés, pris d’un doute je suis allé chercher la présence de l’occurrence nation dans la version numérique en français de « L’Ethique » que je possède. Elle y est absente. Ce qui me semblait être le cas. Je n’ai aucune idée de la présence de ce terme ou de cette thématique dans ses autres œuvres. Pour ce que je « connais » de ses travaux, l’aspect nation ne me semblait pas être un trait déterminant de son travail. Encore une fois je suis peut-être là dans l’erreur la plus totale. Si elle m’était signalée, un update consécutif serait ajouté à cette bafouille.
Hobbes, dans le « Léviathan » comme Rousseau dans « Le contrat social » utilise le terme, bien qu’aucune subdivision de leur travail n’y soit spécifiquement dédiée. Par ailleurs leurs travaux ont été abondamment utilisés dans une multitude de domaines et de champs à un point tel qu’il en est difficile de trier le bon grain de l’ivraie (cela vaut aussi pour un autre auteur qui jouit d’une réputation « officielle » aussi fausse que commune : Nicolas Machiavel).

Je crois pouvoir dire sans trop de risque de me tromper que de « nation » à l’époque de ces auteurs, il n’était pas du tout question au sens où nous l’entendons aujourd’hui. J’ai envie d’écrire que c’est une « dystopie » pour eux.
Dire que ces approches procèdent de la construction de cette notion qui sera ensuite utilisée en politique pour l’élaboration de la conception de l’État nation est juste. Et plus respectueux de la place de leurs travaux dans la longue élaboration intellectuelle qu’il a fallu pour créer la nation et l’Etat nation. Aller par ce chemin au nationalisme et plus encore tel que nous le définissons Et le vivons est un pas très discutable au moins. Je pense que c’est même un pas de trop.
Le tout pour en arriver à la « préférence nationale »… la ficelle est un peu (trop) grosse là.

L’argument suivant qui me pose problème porte sur les définitions antagoniques de la politique que proposent Pierre Tévanian.
« • la politique peut être vue comme une activité qui, sur un territoire donné (la cité, polis), concerne tout le monde (les hommes sont tous des « animaux politiques », pour reprendre la formule d’Aristote), et qui est faite de concorde et de discorde ;
ou bien elle est avant tout le domaine réservé d’une élite : « les politiques », chargés de « s’occuper » de« leur peuple », en apportant des réponses à « leurs préoccupations », leur « détresse » et surtout leurs peurs (et cette seconde option peut elle-même prendre diverses formes, suivant que le souverain se préoccupe du bien-être de l’ensemble d’une population, ou d’une partie : une ethnie, une communauté religieuse, une caste ou une classe parmi d’autres). »

Pour creuser mon problème, certains termes utilisés me semblent à regarder de plus près. Le terme « territoire » disparaît de la seconde proposition. Pourquoi ? Le mot peuple n’est pas présent dans la première. Pourquoi ? Le terme « souverain » est donné dans la seconde approche. Et dans la première la question de la souveraineté ne se poserait pas ?
Au-delà, ces définitions sont-elles à ce point exclusives et éloignées ? Non ; je ne crois pas. Du tout même.
En réalité la « démocratie » rentrerait tout à fait dans la première définition, d’un point de vue formel et pourrait pratiquement correspondre à la seconde.
C’est ici je crois que le bât blesse et douloureusement…
Arrêtons-nous un instant sur la question de la définition concrète de la communauté (« les hommes comme « animaux politiques » ») dans le premier modèle, la question de qui participe ?… quid du suffrage censitaire masculin ?… la présence/absence des femmes dans le corps électoral ?… le critère de l’âge et enfin la nationalité pour participer ?…
Ainsi, il est des humains qui seraient par bien des aspects des « animaux politiques » par leur participation à la vie de la communauté et qui pourtant n’ont pas le droit à expression dans le premier modèle. Et qui peut-être participeraient politiquement dans le deuxième… Mais surtout contrairement à l’objet spécifique de cette partie, la question nationale n’est présente dans aucun des modèles. Pourquoi ? c’est ici pourtant que se trouve le nœud gordien du sujet auquel cet article s’est attelé.

La question de l’utilisation de l’argument « peur », plus particulièrement des étrangers, me semble light comme approche pour s’attaquer au racisme, surtout que cela ne vaut pas pour certaines classes sociales qui seront racistes et xénophobes pour d’autres motifs et sur d’autres fondements.
En passant, le recours au psychologisme est une entreprise qui commence à être usée et contestée (enfin !) et qu’il serait bon pour tout le monde de mettre au rancard.

La suite du raisonnement me paraît encore plus fragile voire complètement bancale pour ne pas dire fausse.

« La première vision correspond grosso modo à ce qu’on vise sous le nom de démocratie : le peuple (démos) y est actif, il participe à la prise de décision, il exerce donc une forme de pouvoir (cratos), dans la mesure où il s’exprime, se manifeste et se bat. La seconde vision, celle que défend Monsieur Comte-Sponville, lui est antinomique : le peuple y est passif, en quelque sorte « infra-politique », et des tuteurs bienveillants s’occupent de lui. La vision démocratique pose comme « évidence » première l’égalité des capacités et sa nécessaire traduction minimale en une égalité devant la loi (dans un même pays), tandis que la seconde pose comme « évidence » la « préférence nationale » : la prise en charge prioritaire d’un groupe (les nationaux), au détriment d’un autre (les étrangers). » (C’est moi qui souligne)

D’abord, même entre guillemets pourquoi reprendre le terme « évidence », dont il est dit justement dans le texte qu’il n’est pas recevable, la politique étant un artefact ? Ce qui est juste. Cela minimise la portée du raisonnement en rehaussant en conséquence celui de ACS !
Ensuite après avoir passé la majeur partie du texte à montrer les approximations de ACS, l’argument « à charge » donne dans le « grosso modo » pour appuyer sa position. Qui de surcroît est effectivement simpliste et finalement pas très efficace non plus.

Au final je trouve ce positionnement assez dangereux et symptomatique d’une forme de condescendance à gauche vis-à-vis de l’idéologie de droite bien réac voire fascisante.
Que la personne que l’on cherche à dénoncer et combattre ne soit ni estimée ni estimable soit. De là à traiter par dessus la jambe l’aspect idéologique et finalement, parce que les arguments idéologiques à combattre sont présentés d’une manière des plus approximatives voire nulle n’exonère pas du minimum de rigueur de la part de celleux qui les dénoncent et les combattent. Car face à un·e adversaire « facile » cela peut éventuellement passer mais face à quelqu’un·e de plus costaud cela risque de tourner au massacre. Mais surtout ce n’est pas parce que la position d’en face est mauvaise et mal étayée que l’on doit recourir à un niveau argumentaire de même « qualité ». Au contraire je dirai.

La sujet comme la conjoncture sont trop graves pour ne pas être traités en conséquences. Alors que la majeur partie de l’article de Pierre Tévanian me semble répondre à hauteur de la situation, le passage que j’ai pointé est lui considérablement en retrait par rapport à ce niveau. Et je trouve cela aussi regrettable que dommageable.

Print Friendly, PDF & Email
  1. Je me réfère à ces données : https://ncov2019.live/data
    L’Etat lui, donne cela : https://dashboard.covid19.data.gouv.fr/[]
  2. Source « facile » mais qui donne un aperçu minimal https://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Tevanian[]
  3. Toujours sur Wikipédia https://fr.wikipedia.org/wiki/Sylvie_Tissot[]
  4. C’est après avoir fouillé l’artcilede LMSI auquel il renvoie[]
  5. Les références sont dans le texte de LMSI. J’invite le lectorat à aller les y trouver. Merci pour la peine.[]
  6. Soit 484 mots ou 2927 signes sur 2518 mots ou 15 008 signes soit un ratio d’un peu moins de 20 % du texte.[]
Catégories : Réaction(s)

Avatar

Le Taulier

N'en revient pas et trouve que le monde ne l'aide pas beaucoup à ce que ça change. Râleur. Liseur boulimique, en français et en anglais ; sur papier comme sur écran. Fervent défenseur de la sieste et profondément opposé à la téloche. Viscéralement anti-libéralisme. Totalement anti-capitalisme. Pour la res communa et l'auto-organisation.