Cette bafouille a été écrite en l’an de grâce 2020,
au jour des 161 488 contaminé·es et 22 614 décédé·es 1
Macron, Philippe leurs sbires et leur système sont toujours là



Primary? Caucus? General election? What the hell is that?

Le système électoral US.
Après l’écriture de ma bafouille « Biden ? Trump ? Biden ? Trump ?laboum » je me suis dit qu’une explication rapide et profane sur le sujet s’imposait.
Finalement ce n’est pas si compliqué. Un peu plus qu’ici mais…

First thing first…

Je vais considérer le seul cas (qui est la « norme ») du bipartisme. Il est arrivé qu’une troisième « force » émerge. Je crois que l’un des cas les plus célèbres par sa popularité et l’effet qu’elle a eu sur les élections à ce moment-là est la candidature de Ralph Nader. Exception qui confirme la règle si je puis dire.
Comme je ne décrirai que la présidentielle. Qui se décline comme mécanisme aux élections locales avec des subtilités ici où là qui me dépassent à ce jour et dont je ne suis pas très motivé pour en connaître d’avantage.
Dernière « limitation », le modèle décrit ici est celui des primaires démocrates. Celles des républicains est sans intérêt, elles ne consistent qu’en une reconduction du président en place.

« Primaries. Caucuses »

La « primary » (primaire) est le terme générique du mode de désignation des candidat·es des partis. Il est aussi le nom d’une procédure de vote (cf.plus bas).
Une fois passée cette épreuve, les candidat·es nommé·es par les partis Démocrate (« Democratic party », dont le symbole est un âne et la couleur est le bleu) et Républicain (« Republican party », dont le symbole est un éléphant et la couleur est le rouge ; il est aussi appelé le Grand Old Party ou GOP) se retrouveront à la « General election ».
La période des « primaries » se déroule de février à juin. Elle se clôture par la nomination des candidat·es pour la présidentielle lors des « Conventions » de chacun des partis, en juillet.
La primaire peut se faire dans un Etat ou plusieurs en même temps. Dans ce cas-là, les élections se déroulent le mardi et s’appellent un « Super Tuesday ».
Le premier d’entre eux est début mars ou 15 Etats vont voter ensemble.
Les « primaries » débutent en Iowa et c’est un… « caucus » qui n’est pas une primaire comme mode d’élection.

Le « causus » what is that?

Commençons par cette situation qui est la plus « compliquée » pour un foreigner.
Le caucus est un vote en deux temps.

Les électeur·es sont invité·es à se rendre sur le lieu de vote jusqu’à une certaine heure.
Arrivée cette heure, le lieu de vote est fermé.
Est alors demandé aux électeur·es de se répartir en groupes en fonction du candidat pour lequel ils veulent voter.
Un premier décompte est réalisé. Sont comptées le nombre de personnes s’étant regroupées sous la bannière de chaque candidat.
Les candidat·es qui auront franchi le seuil de 15% des électeur·es présent·es seront ensuite départagé·es au cours d’un second vote. Les électeur·es des canditat·es « recalée·es » sont appelé·es à rejoindre celleux des autres candidat·es resté·es en lice.
A l’issue de ce second décompte seront attribué·es proportionnellement (selon des calculs… calculés…) des « pledged delegates » ou délégué·es nationaux (cf. plus bas) par candidats.

Explication par l’exemple
4 candidats sont en lice : A ; B ; C ; D.
A l’issue du premier vote, A recueille 5% des voix ; B, 60% ; C, 25% et D, 10%.
La règle : ne se maintiennent au second vote que les candidat·es qui ont obtenu un score supérieur à 15%.
Les autres peuvent soit aller se rallier vers un des deux candidats qui a dépassé ce plancher (threshold) soit ne pas participer.
En aucun cas ces listes ne peuvent fusionner pour atteindre le plancher.

Un nouveau décompte des voix est réalisé. A l’issue duquel B obtient alors 72% et C, 28%. Vont alors être attribué·es au prorata de ce résultat des délégué·es nationales/nationaux (pledged delegates).
Qui, elleux iront voter à la Convention pour le candidat qu’ils représentent (d’où « pledged »). C’est obligatoire.
Sauf « Brokered Convention » (cf.plus bas).

Voilà pour la version simple… car ce serait trop simple si on s’arrêtait là.
Ainsi l’Iowa (je ne sais pas si d’autres Etats avec « caucuses » le pratiquent) a introduit une étape intermédiaire : les délégué·es d’Etat (state delegates) qui s’intercalent entre les électeur·es du caucus et les délégué·es nationaux. A charge pour ces délégué·es d’Etat d’élire les délégué·es nationaux (pledged delegates) de leur candidat·e…
De ce mic mac il ressort quelque fois des choses curieuses.
Pour le cas de l’Iowa cette année il a fallu une bonne dizaine de jours avant que les résultats officiels ne soient donnés. Il semblerait que ce soit « traditionnel » et que ce vote soit fréquemment… haut en couleur (côté Dem…).
Les autres « caucuses » que j’ai suivi se sont passés plus simplement et calmement.

La difficulté d’un « caucus » tient au fait qu’il faut un encadrement (bénévoles) qui soit rompu à ce genre d’exercice, sinon c’est plus compliqué car :
– il faut bien suivre le comportement des électeurs entre les deux votes comme,
– il faut les recenser de manière à ce que les chiffres comptabilisés tombent justes…

Le problème est que les bénévoles ne savent pas à l’avance quel est le nombre de personnes qui participeront au caucus.
Il semblerait que cette année pour les premières « primaries » le niveau de participation ait cru. A quoi s’ajoute que cette croissance fut significativement alimentée par de nouveaux/nouvelles inscrit·es.

Détour : Un peu de fun (au cas où nous en manquions)
Au-delà de militant·es rompu·es à l’animation proprement électorale des « caucuses » il faut aussi qu’illes soient rompu·es à l’enregistrement des inscriptions, des recensions de voix sur papier et… en numérique.
Cette année le DNC 2 – Democratic National Committee et son instance en charge de l’organisation et du suivi des primaires et des campagnes jusqu’à leur aboutissement le DCCC, Democratic Congressional Campaign Committe – a mis en place l’utilisation d’un logiciel pour gagner en « efficacité » et en temps dans le décompte des résultats ainsi que pour leur diffusion…
Qui s’est traduit par un délais de délivrance des résultats finaux validés plus long qu’en 2016…
Le logiciel en question ayant été conçu à l’arrache (en dehors des protocoles de validation/contrôle tant du code que des tests en utilisation réelle…) 3.
Le scandale fut tel qu’alors que ce logiciel aurait dû être utilisé pour un autre caucus, il a été mis au rencard…

Primary

Là c’est easier, les électeur·es viennent, votent et… c’est tout.
Les voix de chaque candidat·es sont comptées et leur résultats respectifs traduits en « pledged delegates ».

Comment participer à une primaire ou un caucus déterminant le vote d’un candidat pour la « Convention » ?
C’est un système d’inscription dont les délais et les modalités sont fluctuants d’un Etat sur l’autre…
Dont la seule chose que je pense avoir compris est qu’il est finalement très difficile de voter aux US. Ce qui explique pour une part certaine le taux de participation lors de la « General election » qui avoisine 60% et peut être très faible lors de primaires.
J’ajouterai que cette situation est « organisée » au moins passivement par les partis au pouvoir (j’y reviendrai plus bas) et massivement masquée par les mainstream medias.

« Convention »

La « Convention » (convention ou congrès) est la réunion des fameux délégués nationaux (pledged delegates) et aussi de l’ensemble de la « machine » électorale partisane.
Si l’un·e des candidat·es a obtenu plus de la moitié des délégué·es (soit 1991) ille sera « automatiquement » nommé·e candidat·e du parti pour la « General élection » de novembre.
Qui se déroule en deux temps. Un vote citoyens qui attribuera des délégué·es à chacun des candidat·es en lice et ensuite le vote des délégué·es en question pour le candidat pour lequel illes ont été élu·es.
De fait une fois le nombre de délégué·es/candidat·es connu au sortir de l’élection citoyenne, le résultat final est donné. Connaissant qui a le plus de « pledged delegates » on connait le candidat qui sera nommé président.

Brokered Convention… what the hell is that (bis)

Traduction : convention négociée.
Il s’agit du cas où aucun·es des candidat·es en lice lors des « primaries » n’a réussi à obtenir les 1991 « pledged delegates » qui assurent la majorité des votes.
Comme il n’est matériellement pas possible de refaire des « primaries », les « pledged delegates » auxquels seront adjoints des « super delegates » (membres des instances élues nationales ; une partie de celles des instances locales ; les « Governors » et j’en oublie…) devront décider. (Sachant que de « super delegates » il n’y en a point chez les « Republicans ».)
Ce que j’ai compris des « super delegates » est que ces acteurs de l’élection sont une instance au moins critiquable, au plus… d’une malhonnêteté aussi crasse qu’insultante pour les militant·es et l’électorat.
Pour ce second vote, les « pledged delegates » ne sont plus tenu·es par le candidat pour lequel ils ont été mandatés. D’où le « brokered », négociée.
Au sortir de cette négociation un·e candidat·e est nommé·e.
La perspective d’une « brokered convention » est une situation qui a « terrorisé » le DNC au début de ces « primaries ». Ils ont vraiment fait dans leur pantalon devant l’enthousiasme militant et tapageur de la campagne de Sanders.
Il semblerait que les pratiques passées lors de ces très rares cas de « brokered convention » aient laissé de très mauvais souvenirs aux instances dirigeantes. Dit plus crument le DNC est pour le participatif à condition que cela se passe à ses conditions et donc avec les résultats qu’il escompte. Je signale cela pour les personnes qui pensent que ce mode de détermination des candidat·es de parti serait plus « démocratique » que le mode partisan interne. Il n’en est rien.

Quelques remarques finales

Il est important de noter qu’être élu·es là-bas signifie qu’il faut auto-financer sa campagne et que cela est à la fois plus « facile » parce que structuré dans l’organisation de la participation politique et plus difficile car la structuration en question est tout sauf neutre 4.
Certes le DNC aide mais… en réalité c’est aux candidats de courir après le financement. Une des solutions est de faire appel à des PAC (Political Action Committee) ou Super PAC.
Ce sont des instances qui peuvent financer les candidat·es et les élu·es. Sans rentrer dans le détail il faut bien comprendre que ces organisations (répertoriées et qui peuvent être montées par un candidat ou un élu) sont de faits des instances de pression.
Elles sont à l’origine de multiple controverses. Et de ce qui est de plus en plus décrit comme de la corruption « légale ».

C’est ainsi qu’une nouvelle génération de jeunes candidat·es (dont Alexandria Occasio-Cortez en est la plus médiatique) se sont engagé·es à ne pas recevoir de financement de ces structures et être financer uniquement par des « petits donneurs ».
Chose que pratique aussi Bernie Sanders et qui lui a bien réussi. Il a le record historique pour le montant de financement d’une campagne par ce moyen et a aussi le plus grand nombre de donneurs individuels jamais enregistrés dans l’histoire des élections présidentielles américaines. Cela n’a d’ailleurs pas peu contribué à l’affolement du DNC.

Au-delà, tout est privatisé dans une campagne. Ainsi les locaux pour le vote peuvent être loués par les partis. Les machines où l’on vote le sont et ainsi de suite. Cela peut amener les partis à restreindre le nombre de lieux de vote. Rendant de fait l’accès plus difficile pour certain·es. Il arrive aussi que les machines louées soient anciennes et défectueuses…
Bref, cette situation peut aussi provoquer du découragement de la participation.

A quoi s’ajoute le « redistricting » et le « gerrymandering ». Ce sont des techniques de charcutage électoral dans lesquelles les partis au pouvoir (fédéré et fédéral) excellent.
Je passe sur d’autres détails sordides spécifiques à la période « Trump » (qui n’est originale dans bien des cas, que par l’intensification bien plus que par de l’innovation dans l’altération de la participation là-bas).
Ces remarques pour bien faire comprendre que voter là-bas est difficile 5.
Et que les deux partis au pouvoir en bénéficient in fine. Et c’est moche.
Pour elleux. Pour nous.

Print Friendly, PDF & Email
  1. Je me réfère à ces données : https://ncov2019.live/data
    L’Etat lui, donne cela : https://dashboard.covid19.data.gouv.fr/[]
  2. Le DNC est relativement comparable à la Fédération nationale du PS. Sachant qu’il est avant tout (officiellement) une instance de « gestion » administrative de la vie du parti plus qu’une instance politique. Sur le papier. Car il jouit de certains pouvoirs extrêmement puissant. Particulièrement le DNC décide d’une liste de co-contractants avec qui il travaille et encourage ses membres de travailler avec. Arme redoutable pour les élu·es en place comme pour les prétendant·es.[]
  3. Trois articles qui relatent cette histoire qui a créé de grosses tensions tout en provoquant une forte hilarité par rapport à la capacité du DNC à organiser un tel projet :
    https://www.nytimes.com/2020/02/03/us/politics/iowa-caucus-app.html
    https://www.commondreams.org/views/2020/02/04/app-disrupted-iowa-caucuses
    https://www.commondreams.org/news/2020/02/04/after-epic-nightmare-iowa-democratic-app-built-secretive-firm-shadow-inc-comes-under[]
  4. Pour avoir une idée des ordres de grandeurs financiers dans une présidentielles US, 2 articles :
    https://thehill.com/homenews/campaign/497228-biden-campaign-dnc-raise-605-million-in-april
    https://thehill.com/homenews/campaign/497234-trump-campaign-rnc-raise-617-millionin-april-have-255-million-on-hand[]
  5. Trois articles qui présentent un état des lieux de la participation aux States :
    https://www.commondreams.org/news/2019/12/21/after-admitting-its-always-been-republicans-suppressing-votes-trump-advisor-says
    https://www.commondreams.org/views/2020/04/09/post-sanders-dealing-biden-dnc-and-rest-it
    Pour ce dernier article une très intéressante explication tirée d’études sur la non participation (je préfère ce terme à abstention trop connoté (à tort) négativement) qui montre que le refus de vote est dû à des conditions sociales et est aussi beaucoup plus conscient que le discours idiot et méprisant des mainstream et des politiques au pouvoir laissent entendre :
    https://theintercept.com/2020/04/09/nonvoters-are-not-privileged-they-are-largely-lower-income-non-white-and-dissatisfied-with-the-two-parties/[]
Catégories : Compléments

Avatar

Le Taulier

N'en revient pas et trouve que le monde ne l'aide pas beaucoup à ce que ça change. Râleur. Liseur boulimique, en français et en anglais ; sur papier comme sur écran. Fervent défenseur de la sieste et profondément opposé à la téloche. Viscéralement anti-libéralisme. Totalement anti-capitalisme. Pour la res communa et l'auto-organisation.