Cette bafouille a été écrite en l’an de grâce 2020,
au jour des 112 950 contaminé.es et 10869 décédé.es 1
Macron, Philippe leurs sbires et leur système sont toujours là

Ou quelques réflexions sur le texte « Orientations » de Frédéric Lordon 2

Point de départ

Je fréquente les travaux de Frédéric Lordon depuis des années. Mon premier contact remonte à « Fond de pension… ». Je suis son blog quasiment depuis son commencement.
Je trouve ses réflexions et ses orientations consécutives brillantes et stimulantes.
Nourri au travail de Bourdieu et de la sociologie déterministe (sous forte influence spinoziste donc) je ne pouvais que me sentir bien dans la pensée de Lordon. Pas toujours d’accord, mais bien.
Pensée méticuleuse, articulée et argumentée ; à quoi s’ajoute une ténacité quant à la ligne qui est admirable. Il cite chemin faisant, dans un de ses papiers, Günther Anders. Par son attitude intellectuelle et humaine, clairement, il en est un digne continuateur.

Je suis entièrement d’accord avec le constat qu’il fait dans son article que nous avons atteint un niveau de connaissances sur ce que nous fait le libéralisme qui devrait nous suffire très largement à le foutre dehors, lui et tous ses sbires quelle que soit la taille de la part du gâteau qu’ils ont bouffé sur notre dos.
Comme j’approuve l’orientation concernant le droit à une vie en bonne santé, selon la définition et les conditions qu’il en donne.
Orientation qui est plus que justifiée eu égard aux moyens matériels et humains où nous sommes arrivés.

Je ne peux que me ranger à ces côtés en ce qui concerne ses orientations sur ce que j’appellerai l’éducation populaire qui sont regroupées dans son texte sous les appellations éducations et médias.
Comme je suis d’accord sur la mise au tapis du libéralisme et du capitalisme. Pour la mise en place d’un système respectueux de la vie, et donc de son environnement.

Orientations qui sont plus que justifiées et possibles eu égard aux moyens matériels et humains où nous sommes arrivés.

Mais voilà… si je partage ses orientations et la justification du changement de système qu’il propose, j’ai par contre une lecture nettement moins optimiste sur ce qui pourrait ressortir de notre situation (totalement catastrophique) actuelle. Et ce qu’elle permettrait en terme de sortie de ce système criminel.

Départ du point

« En réalité, c’est simple. Nous savons maintenant indubitablement que la manière dont nous avons vécu – la manière capitaliste – mène au désastre général. Par conséquent, nous devons en changer. Entièrement. »
Le texte commence fort. Peut-être trop, et d’entrée je ne suis pas sûr que le bolide ne tienne le coup jusqu’à l’arrivée. « Il fallait sans doute la catastrophe pour fermer la longue parenthèse de la préhistoire » continue-t-il.

Ah bon ? Hier, ce siècle avait trois ans et entre 15 et 20 000 personnes mourront de chaud 3. La chaleur comme diront les salopards qui nous [des]informent tuera sur quatre canicules (2003, 2006, 2016 et 2018) 4 près de 22 000 personnes. On peut appeler ça une catastrophe je crois.

Comme je pense que l’on peut dire qu’en terme de connaissance indubitable des méfaits abominables du capitalisme nous avions déjà, rien que sur notre siècle, une vue d’ensemble suffisamment détaillée du tableau (pour ne pas dire concluante ?). Car ce n’est pas la chaleur qui a mis le système sanitaire dans un tel état. Non. C’est une politique. Criminelle. Méthodique et organisée.
Qui transforme en une « entreprise » de soins aussi atrophiée que mortifère un service public de santé.
Pour ses personnels comme pour ses patients. Au passage, peut-être un jour le personnel en question s’en prendra, certes aux ARS (ce serait nécessaire), mais aussi aux lobbies de toubibs et de labos qui ont largement contribué à dessiner ce tableau.

Au delà du sanitaire, car le capitalisme n’est pas du genre à faire les choses à moitié, nous pouvons pointer les explosions de sites ici où là en France. AZF quand ce siècle finissait sa première année, Lubrisol quand le siècle passait la majorité et pouvait aller voter…

Mais aussi une grosse frayeur planétaire, Fukushima ! (Au siècle dernier Tchernobyl et Three Miles Island dont l’exemplarité n’a pas été franchement retenue sauf à continuer tête baisser dans le folie. Today il y a même des hurluberlus pour nous expliquer que l’électrique (entendre nucléaire) sera la solution de sortie de l’énergie fossile… en matière de leçon, peut mieux faire l’australopithèque…)

Comme si ça ne suffisait pas, 2003 encore… c’était la deuxième guerre d’Irak… notons aussi le Yémen, l’Afghanistan, la Libye, la Syrie… la liste est aussi longue qu’affreuse. Une seule leçon, je n’en demande qu’une seule dans tout ça ? Autre que l’australopithèque se porte bien j’entends.

La sortie de la préhistoire toujours… avec des gens comme Corbyn ou Sanders qui se font lessiver par des despotes (plus du tout éclairés) rien que cette année. Au passage, ces deux-là ont plus été dézingués par leur propre camp (et ses soi-disant médias) que par l’adversaire. En matière de présage de la sortie de la préhistoire je ne suis pas certain que l’on soit dans la meilleure des postures. (Je nomme ici des gens qui traiteraient volontiers avec l’australopithèque à condition qu’il veuille bien aller à l’école… y’a pire comme traitement de choc du capitalisme de la préhistoire. Et bien même cela ne passe pas.)

Ne parlons pas de la montée, comme « on » se plait à dire, des leaders et partis ouvertement préhistoriques tendance tyrannosaures fous furieux qui se répand un peu partout : Inde, Philippine, Egypte, Turquie, Hongrie… sans parler de ceux que les médias ne qualifient pas pour ce qu’ils sont : Trump, Poutine, Johnson et le nôtre bien à nous de chez nous. Que ces derniers aient leur « style » bien à eux, certes, ils n’en appartiennent pas moins à la catégorie des tyrannosaures susmentionnées.

Point dans la poche

Ainsi Frédéric, si je partage entièrement et sans retenue la nécessité que vous présentez de sortir de la préhistoire, je crois votre approche liminaire un tantinet light face au péril qui nous guette.
En effet, il faut le dire bien froidement : les « connards qui nous gouvernent » ont encore de beaux jours devant eux. Et nous… chair à tyrannosaures sommes très mal sauf à réagir en conséquence.
Conséquence dont l’ampleur semble de plus en plus problématique à cerner et donc à mettre en œuvre. Et c’est terrifiant !

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  1. Je me réfère à ces données : https://ncov2019.live/data.
    L’Etat lui, donne cela : https://dashboard.covid19.data.gouv.fr/[]
  2. https://blog.mondediplo.net/orientations[]
  3. INSEE, INED, INSERM. https://fr.wikipedia.org/wiki/Canicule_europ%C3%A9enne_d%27ao%C3%BBt_2003#En_France. Rubrique Conséquence de la cannicule/population/France.[]
  4. https://www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/meteo/avant-2019-les-grands-episodes-de-canicule-en-france_134791[]
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Le Taulier

N'en revient pas et trouve que le monde ne l'aide pas beaucoup à ce que ça change. Râleur. Liseur boulimique, en français et en anglais ; sur papier comme sur écran. Fervent défenseur de la sieste et profondément opposé à la téloche. Viscéralement anti-libéralisme. Totalement anti-capitalisme. Pour la res communa et l'auto-organisation.